C'est probablement la question la plus tapée par les intermittents. Et la bonne nouvelle, c'est qu'elle a une réponse simple. La mauvaise, c'est qu'elle a aussi trois ou quatre nuances qui font toute la différence quand on est à 40 heures du seuil au mois d'août.
La réponse courte : environ 43 cachets
Pour France Travail, un cachet d'artiste vaut 12 heures. Toujours 12, quelle que soit la durée réelle du contrat : que tu joues 45 minutes en première partie ou trois heures en tête d'affiche, le cachet compte pareil.
Le calcul tient donc en une ligne :
507 ÷ 12 = 42,25 → 43 cachets pour franchir le seuil.
Quarante-trois dates sur douze mois. Environ trois et demie par mois. Dit comme ça, ça devient une distance, plus une menace.
Fini les « cachets isolés » et les « cachets groupés » (pour France Travail)
Si quelqu'un t'a dit un jour qu'au-delà de cinq cachets d'affilée chez le même employeur, tes cachets ne valaient plus que 8 heures : c'était vrai, mais c'est de l'histoire ancienne côté indemnisation.
Depuis le 1er août 2016, France Travail retient 12 heures par cachet dans tous les cas, isolé ou groupé. Ça a été une vraie simplification pour les artistes qui font des séries : une semaine de six représentations dans le même théâtre te rapporte 72 heures, pas 48.
Attention quand même : la distinction isolé / groupé existe toujours côté URSSAF, parce qu'elle influence le calcul de certaines cotisations. Tu peux donc la voir apparaître sur un bulletin ou une déclaration sans que ça change quoi que ce soit à tes heures. Si un doute subsiste sur une déclaration précise, c'est à ton employeur ou au GUSO qu'il faut poser la question.
Ce qui compte en plus des cachets
Les cachets ne sont pas ta seule source d'heures. Comptent aussi :
- Les heures de répétition rémunérées, quand elles sont déclarées comme telles. Elles s'ajoutent en heures réelles : trois répétitions de 4 heures payées, ce sont 12 heures de plus. Le point important, c'est déclarées — une répétition non rémunérée et non déclarée n'existe pas pour France Travail, même si tu y as passé ton dimanche.
- Les heures de technicien, si tu en fais. Elles relèvent de l'annexe 8 quand tu es artiste sous annexe 10, mais elles se cumulent pour atteindre les 507 heures. (Sur l'annexe finalement retenue pour t'indemniser, voir plus bas.)
- Les heures d'enseignement, dans une limite précise : elles sont retenues jusqu'à 70 heures, portées à 120 heures si tu as 50 ans ou plus à la fin du contrat retenu pour l'ouverture des droits. Au-delà, elles ne comptent plus. Et si tu cumules cours donnés et formation suivie non indemnisée sur la même période, l'ensemble est plafonné à 338 heures.
Ce qui ne compte pas
- Les répétitions non payées. Le temps de travail réel d'un musicien est massivement supérieur à ses heures déclarées : c'est injuste, c'est comme ça, et ça ne se plaide pas auprès de France Travail.
- Les concerts payés au noir ou « en défraiement » sans déclaration. Aucune heure, aucun droit, aucun recours.
- Les auditions, les repérages, les allers-retours, la compo, la promo. Rien de tout ça n'entre dans le compteur.
- Les activités non salariées : si tu factures une prestation en auto-entrepreneur, elle ne produit pas d'heures d'intermittence.
Deux plafonds à garder en tête
Vingt-huit cachets par mois maximum. France Travail ne retient pas plus de 28 cachets sur un même mois. En pratique, très peu de gens s'en approchent — mais si tu fais une grosse série d'été, ça peut te concerner.
Les 507 heures se comptent sur 12 mois glissants, pas sur l'année civile. Ta période de référence court sur les 365 jours qui précèdent ta date anniversaire. C'est un tapis roulant : chaque mois, tu gagnes les heures du mois en cours et tu perds celles du même mois de l'an dernier. C'est un sujet à part entière — on lui a consacré un article.
Un exemple pour poser les idées
Nino (personnage fictif) est batteur. Sur ses douze derniers mois, il a :
- 31 cachets de concert → 31 × 12 = 372 h
- 4 cachets en studio, déclarés comme cachets d'artiste → 48 h
- 18 heures de répétitions rémunérées et déclarées → 18 h
- 40 heures de cours en école de musique → 40 h (sous le plafond de 70 h, tout est retenu)
Total : 478 heures. Il lui manque 29 heures, soit 3 cachets. Formulé comme ça, ce n'est plus une angoisse, c'est un objectif de deux mois.
Les règles bougent — vérifie avant de t'engager
Le régime des annexes 8 et 10 est renégocié régulièrement, et les paramètres d'indemnisation (durée, montant, franchises) évoluent plus souvent que le seuil lui-même. Le seuil de 507 heures est stable depuis longtemps, mais rien n'est gravé dans le marbre.
Les seules sources qui font foi pour ton dossier : France Travail Spectacle (ton espace personnel et ton conseiller), le GUSO pour les déclarations, et ton syndicat (SNAM-CGT, SFA-CGT, entre autres) pour l'interprétation d'un cas particulier. Cet article t'explique un fonctionnement ; il ne remplace aucun de ces trois-là.
Compter sans y penser
Le vrai piège des 507 heures, ce n'est pas le calcul : c'est de ne pas savoir où on en est. Un tableur ouvert une fois par trimestre donne un chiffre faux, et un chiffre faux coûte des nuits.
Guso Facile tient ce compteur à ta place, en glissant : cachets, répétitions, heures de technicien, chacun à sa juste valeur, avec un « reste X h · dans X jours » toujours à jour et un plan mois par mois. L'app est en bêta, accessible sur cooptation.
Moins d'énergie dans le calcul, plus dans la musique.