Le concert s'est bien passé. Trois semaines plus tard, rien. Puis un mois. Tu relances par SMS, on te répond « oui oui, c'est en cours ». Deux mois. Et tu commences à te dire que tu vas peut-être laisser tomber, parce que c'est déjà assez pénible comme ça.
Ne laisse pas tomber. Un salaire impayé se réclame, et la loi est nettement de ton côté.
Précision utile : cet article explique un fonctionnement général, il ne constitue pas un conseil juridique. Chaque situation a ses particularités. Pour ton cas précis, adresse-toi à ton syndicat, à l'inspection du travail ou à un professionnel du droit — les coordonnées sont en bas de l'article.
D'abord : de quoi parle-t-on exactement ?
Trois situations très différentes se cachent derrière « on ne m'a pas payé ».
1. Le salaire n'est pas arrivé. Tu as bien été déclaré (contrat, GUSO, bulletin ou attestation d'emploi), mais le virement n'est jamais venu. C'est un salaire impayé au sens du code du travail. C'est le cas le plus simple : tu as des preuves, tu as des recours.
2. Rien n'a jamais été déclaré. Pas de contrat, pas de GUSO, un accord oral et une promesse. C'est plus lourd : au-delà de l'argent, il manque aussi tes heures. On y revient plus bas.
3. Le montant ne correspond pas à ce qui avait été annoncé, ou des frais promis n'ont pas été remboursés. Le raisonnement est le même que pour le cas 1, sur la différence.
Identifier lequel des trois te concerne change les démarches. Prends cinq minutes pour le faire avant d'écrire quoi que ce soit.
Étape 1 — Rassembler tes preuves
Avant toute relance formelle, réunis tout ce que tu as, même informel :
- le contrat (CDDU), s'il existe ;
- la déclaration GUSO ou l'attestation mensuelle d'emploi que le GUSO t'envoie — elle vaut bulletin de salaire ;
- les échanges écrits : mails, SMS, messages, où figurent la date, le lieu, le montant convenu ;
- l'affiche, le programme, la billetterie, une photo datée : tout ce qui prouve que tu as bien joué.
Bonne nouvelle sur ce point : ce n'est pas à toi de prouver que tu n'as pas été payé. C'est à l'employeur de prouver qu'il t'a payé. Ton travail consiste surtout à établir que le contrat de travail a bien existé.
Étape 2 — La relance écrite
Un SMS ne laisse pas de trace exploitable. Un mail, si. Écris quelque chose de court, factuel et daté :
Bonjour,
Je fais suite au concert du [date] à [lieu], pour lequel un cachet de [montant] avait été convenu. À ce jour, je n'ai pas reçu le paiement. Peux-tu me confirmer sous quel délai il sera effectué ?
Merci d'avance,
[Prénom Nom]
Pas d'agressivité, pas de justification, pas d'excuses. Une date, un montant, une question.
Souvent, ça suffit : beaucoup de retards sont des oublis, des trésoreries tendues ou un dossier bloqué chez le comptable. Laisse une dizaine de jours.
Étape 3 — La mise en demeure
Sans réponse, ou face à des promesses qui ne se réalisent pas, passe à la mise en demeure, par lettre recommandée avec accusé de réception (ou remise en main propre contre signature).
Elle reprend les mêmes éléments, avec trois ajouts : le mot « mise en demeure » explicitement, un délai de paiement (souvent 8 ou 15 jours), et la mention que tu saisiras le conseil de prud'hommes à défaut.
C'est une étape simple mais qui change la nature du dossier : elle date officiellement ta réclamation, elle fait courir les intérêts, et elle est très souvent celle qui débloque. Ton syndicat peut te fournir un modèle et te relire — c'est l'un des services les plus concrets d'une adhésion.
Étape 4 — Le conseil de prud'hommes
C'est la juridiction compétente pour un litige entre salarié et employeur, et un artiste au cachet est un salarié. La saisine est gratuite, et l'avocat n'est pas obligatoire.
Deux choses à savoir :
- Pour une créance de salaire non contestée dans son principe, une procédure en référé existe — elle vise à obtenir plus vite une décision provisoire. Le conseil de prud'hommes du lieu concerné peut t'indiquer la marche à suivre.
- Le délai pour agir sur des salaires est de trois ans à compter du jour où le salaire aurait dû être payé (article L. 3245-1 du code du travail). C'est confortable, mais ne t'endors pas dessus : les preuves et les témoignages, eux, s'effacent vite. D'autres délais, plus courts, peuvent s'appliquer à d'autres types de demandes (rupture du contrat, par exemple) — d'où l'intérêt de faire vérifier ta situation.
Point à vérifier auprès d'un professionnel du droit — les délais applicables et la recevabilité d'un référé dépendent de la situation. Un syndicat, un point-justice ou le conseil de prud'hommes du lieu concerné répondent sur un cas précis ; service-public.fr donne la référence des textes.
Le cas particulier : tu n'as jamais été déclaré
Si aucun contrat n'a existé et qu'aucune déclaration n'a été faite, tu n'as pas seulement perdu de l'argent : tu as perdu des heures, et donc une partie de tes droits.
Deux interlocuteurs sont là pour ça :
- L'inspection du travail (au sein de la DREETS de ton département). Elle est compétente sur le travail dissimulé et sur le respect des obligations de l'employeur. Tu peux la saisir, y compris pour un simple signalement.
- Ton syndicat, qui connaît le secteur et saura te dire ce qui vaut la peine d'être engagé.
Sur les cotisations et les déclarations elles-mêmes, le GUSO peut t'indiquer si une déclaration te concernant a bien été enregistrée. Et France Travail Spectacle te dira, de son côté, ce qui a été reçu à ton nom.
À qui s'adresser, en résumé
- Ton syndicat : SNAM-CGT (musiciens), SFA-CGT (artistes interprètes), et d'autres organisations selon ton métier. C'est l'accompagnement le plus adapté au secteur, et l'adhésion coûte moins cher qu'un cachet perdu.
- L'inspection du travail (DREETS) : non-déclaration, travail dissimulé, manquements de l'employeur.
- Le conseil de prud'hommes : le litige lui-même.
- Le GUSO et France Travail Spectacle : ce qui a été déclaré, ou pas.
- Selon tes revenus, l'aide juridictionnelle et les points-justice (permanences juridiques gratuites) peuvent prendre le relais.
Et surtout : la fois d'après
La quasi-totalité des impayés ont un point commun — rien n'avait été écrit avant. Pas de contrat, un montant dit à l'oral, un délai de paiement jamais évoqué. Sans écrit, tout devient une affaire de mémoire et de bonne volonté.
Un contrat, même court, qui dit qui, quoi, quand, combien et payé sous combien de temps, ne t'empêchera pas de tomber sur une structure en difficulté. Mais il transforme un litige flou en créance nette.
Guso Facile garde la trace de ce qui a été payé et de ce qui ne l'a pas été, date par date, pour que tu ne découvres pas un impayé six mois trop tard. Un générateur de contrat d'engagement, à personnaliser avant chaque date, arrivera bientôt dans l'app — c'est le meilleur endroit où mettre son énergie. L'app est en bêta, accessible sur cooptation.
Moins d'énergie à courir après l'argent, plus dans la musique.